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ENTRETIEN – Un an après la disparition d’Habib Marouane Camara : inquiétude persistante du SPPG

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Ce 03 décembre 2025 marque un an depuis la disparition du journaliste Habib Marouane Camara. Malgré l’ouverture d’une enquête par le parquet de Dixinn, aucune avancée n’a été communiquée à sa famille ni au Syndicat de la presse professionnelle de Guinée (SPPG). Dans cet entretien avec Moyaguinee.com, le secrétaire général du syndicat, Sékou Jamal Pendessa, exprime son inquiétude et interpelle une nouvelle fois les autorités .

Moyaguinee :

Ce mercredi marque une année depuis la disparition de notre confrère Marwan Camara. Depuis, aucune nouvelle. Qu’est-ce que vous pouvez dire aujourd’hui par rapport à cette disparition ?

Sékou Jamal :

Comme vous l’avez dit, cela fait un an jour pour jour que nous n’avons plus de nouvelles de notre confrère et camarade Habib Marouane Camara, et c’est très inquiétant. Nous pensions qu’avec l’ouverture de l’enquête par le parquet de Dixinn, ce n’était qu’une question de jours, de semaines, ou au pire de quelques mois avant que la lumière soit faite. Mais un an après, la justice ne nous a toujours rien dit : qu’est-ce qui est arrivé à notre confrère ? Qui l’a pris ? Où est-il gardé ? Que lui est-il arrivé ? Vit-il encore ?

Ce sont désormais des questions qui reviennent de plus en plus. Nous demandons à la justice d’accélérer les enquêtes, de nous édifier, et à l’État, globalement, d’assurer la sécurité des journalistes. Cette assurance doit commencer par le dossier Marouane. Une fois que les coupables de cet acte odieux seront démasqués, nous serons rassurés que l’État est à nos côtés et qu’aucun journaliste ne peut être enlevé sans que la vérité n’éclate.

Mais tant que le dossier Marouane reste dans le flou, certains se diront que oui, il est possible de faire disparaître un journaliste sans conséquence. L’État doit montrer qu’aucun criminel ne peut se cacher sur le territoire guinéen. Nous sommes dans un pays où le régime en place exerce un contrôle effectif sur tout le territoire. Nous ne sommes pas au Mali(avec tout le respect dû à nos amis maliens)où l’on peut dire qu’une partie du territoire échappe au contrôle. Donc, si un crime est commis ici, surtout au cœur du pays, à Conakry, l’État doit être capable d’en retrouver les auteurs.

Moyaguinee :

Aujourd’hui, on sent que vous êtes inquiet. La famille partage-t-elle aussi ces inquiétudes concernant la vie de Marouane ?

Sékou Jamal :

Évidemment. Nous sommes en contact permanent avec la famille, notamment avec sa femme, Maria, avec qui nous échangeons régulièrement. Elle est inquiète et fait face à plusieurs difficultés : la douleur d’être sans nouvelles de son mari, mais aussi celle de voir ses enfants privés de l’amour paternel. À cela s’ajoutent les questions incessantes des enfants : « Maman, où est papa ? »

Elle me disait récemment : « Je suis fatiguée de mentir aux enfants. À chaque fois qu’ils demandent où est leur père, je réponds qu’il est en voyage. Et quand ils me disent d’appeler papa, je suis bloquée. » D’habitude, quand leur père voyageait, il appelait les enfants, souvent en vidéo. Mais là, un an sans le moindre appel, même pas audio… Les enfants d’aujourd’hui sont intelligents. Ils finiront par comprendre que leur maman leur ment, et ce n’est pas une bonne leçon.

Dans nos sociétés africaines, la mère joue un rôle essentiel dans l’éducation. Elle doit enseigner des valeurs comme la vérité. Mais comment le faire si, par la force des choses, elle est obligée de mentir ? Lorsque les enfants découvriront cela, accepteront-ils encore qu’on leur dise de ne pas mentir ?

L’État doit penser à tout cela. L’éducation de ces enfants est en jeu.

Moyaguinee :

Vous vous êtes beaucoup battus. Vous avez frappé à plusieurs portes. À ce jour, des autorités vous ont-elles approchés pour vous dire où en est l’enquête ou bien aucune information ne vous a été communiquée depuis la disparition ?

Sékou Jamal :

Nous avons fourni énormément d’efforts. Vous vous souviendrez que dès le lendemain de l’enlèvement, le 4 décembre, nous avons rencontré le Premier ministre. Il nous avait dit ne pas avoir d’informations mais qu’il allait se renseigner. Il nous avait néanmoins assuré que si Marouane était entre les mains d’un service de l’État, ses droits seraient respectés et son cas traité conformément à la loi. Mais jusqu’à présent, nous ne savons pas s’il a obtenu des réponses aux questions que nous lui avions posées, car nous n’avons jamais eu de retour.

Nous sommes ensuite allés voir le ministre de la Justice. Il nous a renvoyés vers le procureur, en nous disant qu’il n’était pas le mieux placé pour en parler. Nous avons sollicité une audience auprès du procureur, mais il nous a dit que ce n’était pas nécessaire puisqu’il avait déjà été saisi par les avocats de Marouane, et qu’il fallait suivre la procédure à travers les avocats.

Nous avons également écrit à d’autres autorités(que nous ne citerons pas pour plusieurs raisons)mais aucune réponse, ni écrite ni orale. Lorsque vous appelez certaines personnes pour évoquer le dossier Marouane, elles ne décrochent plus. Vous envoyez des messages, aucune réponse.

Nous avons longtemps essayé de contenir l’inquiétude des journalistes, car le syndicat est en quelque sorte leur parapluie. Mais aujourd’hui, cette inquiétude se voit : cela fait 12 mois. C’est difficile à cacher. Dans les rédactions, la psychose est réelle. Même sans menace directe, beaucoup se demandent : « Si je parle, est-ce que je ne serai pas le prochain Marouane ? »

Pour finir, je lance encore un appel à l’État. Nous avons un État fort, je l’ai toujours dit. C’est pourquoi nous avons multiplié les démarches auprès des autorités. Nous n’avons personne d’autre à interpeller. Pas pour dire que c’est l’État qui a pris Marouane, mais parce que c’est lui qui doit nous aider à le retrouver. Ce n’est pas à des particuliers de faire ce travail.

L’État a l’obligation d’assurer la sécurité de chaque Guinéen, y compris Habib Marouane. C’est à lui de déployer tous les efforts nécessaires, de montrer ses capacités, de ramener Marouane et de dire stop aux violences, aux enlèvements et aux actes de terreur contre les journalistes et les citoyens.

Moyaguinee :

Camarade Sékou Jamal Pendassa, merci d’avoir répondu à nos questions.

Sékou Jamal :

Merci beaucoup !

Entretien réalisé par Tenema Doumbouya

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