
« L’hépatite est aujourd’hui la maladie transmissible la plus meurtrière au monde, avec un décès toutes les 30 secondes. 280 millions de personnes dans le monde, vivent avec l’hépatite B ou C ». C’est comme cela que le professeur Abdourahamane Djourya Diallo décrit les hépatites. Il s’est exprimé dans un entretien exclusif qu’il a accordé à notre rédaction ce mardi 28 juillet 2026, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’hépatite. Je vous propose de lire l’entretien
Professeur Abdourahmane Djouria Diallo, bonsoir.
Bonsoir.
À l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite, pouvez-vous nous expliquer ce que sont les hépatites et pourquoi elles représentent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique en Guinée et dans le monde ?
Merci beaucoup.
Rappelons d’abord que l’hépatite est une inflammation des cellules du foie. Elle peut être provoquée par des substances comme l’alcool ou certains produits chimiques, mais elle est surtout causée par des virus. Il existe cinq principaux virus responsables des hépatites virales : les virus des hépatites A, B, C, D (Delta) et E.
Aujourd’hui, l’hépatite est la maladie transmissible la plus meurtrière au monde, avec un décès toutes les 30 secondes. Environ 280 millions de personnes vivent avec une hépatite B ou C. Pourtant, comme ces maladies sont souvent asymptomatiques, la majorité des personnes infectées ne découvrent leur état que très tard. Plus de 1,3 million de personnes devraient mourir en 2026 des suites d’une maladie liée aux hépatites, et près de deux millions de nouveaux cas d’hépatites B et C sont enregistrés chaque année.
Cette situation entraîne des coûts considérables pour les systèmes de santé et des conséquences dramatiques pour les familles et les communautés. Heureusement, cette réalité peut être changée grâce à la prévention et au dépistage.
Quels sont les principaux signes ou symptômes qui peuvent permettre de reconnaître une hépatite et pourquoi certaines personnes restent-elles longtemps sans savoir qu’elles sont infectées ?
L’hépatite virale est une maladie silencieuse. Il n’existe pas de signe spécifique permettant de l’identifier facilement. Environ 85 % des personnes porteuses du virus ne ressentent absolument aucun symptôme. Seules 5 à 10 % développent des manifestations de la maladie.
C’est pourquoi on parle de maladie silencieuse. Les symptômes, lorsqu’ils apparaissent, sont peu spécifiques : une légère fièvre, un rhume, une fatigue persistante, des douleurs musculaires ou articulaires. Ces signes peuvent également être observés dans d’autres maladies comme le paludisme grave, l’insuffisance rénale ou l’insuffisance cardiaque. Il est donc impossible de poser un diagnostic uniquement sur la base de ces symptômes.
Professeur, parlant de ces différentes formes d’hépatite, comment les hépatites A, B et C se transmettent-elles et quelles sont les personnes les plus exposées ?
Les modes de transmission varient selon le type de virus.
Les virus des hépatites A et E se transmettent principalement par la voie féco-orale, notamment à travers les mains sales, l’eau ou les aliments contaminés.
Les virus des hépatites B et C se transmettent essentiellement par le sang, les rapports sexuels et de la mère à l’enfant, principalement au moment de l’accouchement et parfois lors de l’allaitement ou des contacts étroits.
Le virus de l’hépatite B est environ 100 fois plus contagieuses que celui du VIH, car il peut également être présent dans la salive et la sueur.
Les personnes les plus exposées sont celles ayant de multiples partenaires sexuels, les professionnels du sexe, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les personnes détenues, les consommateurs de drogues injectables partageant les mêmes seringues, ainsi que le personnel de santé, qui est particulièrement exposé aux accidents d’exposition au sang.
Puisque vous évoquez déjà les facteurs de risque, quelles sont les mesures de prévention disponibles aujourd’hui pour se protéger contre les hépatites, notamment la vaccination, le dépistage et les bonnes pratiques d’hygiène ?
SOS Hépatite Guinée fait partie des 120 organisations affiliées à l’Alliance mondiale contre l’hépatite. Chaque année, nous célébrons le 28 juillet comme Journée mondiale contre les hépatites virales. Cette année, le thème est : « Briser les barrières ».
La prévention repose sur plusieurs mesures. Il est important d’éviter les rapports sexuels non protégés, notamment pendant les menstruations lorsqu’il existe un risque de contamination. Il faut également dépister systématiquement les groupes à risque : les professionnels du sexe, les personnes détenues, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et le personnel de santé.
Il est aussi essentiel d’assurer une bonne gestion des déchets hospitaliers. Les professionnels de santé doivent porter des gants, des masques et des lunettes de protection lorsque cela est nécessaire.
Par ailleurs, il faut sensibiliser les populations aux dangers de l’alcool et de l’automédication, promouvoir la vaccination contre l’hépatite B et renforcer le suivi médical des femmes enceintes afin de réduire le risque de transmission à l’enfant.
Quels sont les traitements existants contre les hépatites et quel message souhaitez-vous adresser à la population pour encourager le dépistage précoce et la prise en charge des personnes infectées ?
Toute personne présentant une jaunisse ou des signes évocateurs d’une hépatite doit consulter rapidement un spécialiste.
Le dépistage repose d’abord sur un test de diagnostic rapide. En cas de résultat positif, celui-ci doit être confirmé par la méthode ELISA, qui permet de confirmer la présence du virus dans le sang.
Une fois le diagnostic confirmé, il est nécessaire de réaliser une charge virale. Cet examen permet de déterminer si le patient est éligible au traitement recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de définir la prise en charge la plus adaptée.
Mon message à la population est simple : faites-vous dépister, faites-vous vacciner lorsque cela est possible et consultez rapidement un professionnel de santé en cas de doute. Plus l’hépatite n’est détectée tôt, plus les chances de prévenir les complications sont élevées.
Professeur Abdourahmane Djouria Diallo, merci d’avoir répondu aux questions de Moyaguinee.com.
Merci à toute l’équipe.
Entretien réalisé par Tenema Doumbouya.

















