
À l’occasion de la campagne référendaire en Guinée, moyaguinee.com a rencontré Aboubacar Biro Soumah, président du Parti pour le Progrès et le Changement (PPC). Dans cet échange, l’opposant dénonce la paralysie de l’administration publique au profit de la campagne, critique le déroulement du processus électoral et expose la position de son parti pour le scrutin du 21 septembre 2025.
Moyaguinee.com : Monsieur Aboubacar Biro Soumah, bonsoir.
Aboubacar Biro Soumah : Bonsoir
Moyaguinee.com : Nous sommes en pleine campagne référendaire. En tant que leader politique, comment analysez-vous le déroulement de cette campagne ?
Aboubacar Biro Soumah : Cette campagne se déroule dans un seul sens. Tout est monopolisé par les membres du gouvernement, les directeurs et les chefs de service, mobilisés pour défendre le “Oui”. L’opposition, quant à elle, n’a pratiquement pas d’espace pour s’exprimer. Certains médias qui ont tenté de donner la parole à des opposants ont même été suspendus. Cela montre bien que la campagne se joue à sens unique, et que l’État utilise ses structures pour un seul camp.
Moyaguinee.com : Quelle est aujourd’hui votre position ? Allez-vous voter pour le “Oui” ou pour le “Non” ?
Aboubacar Biro Soumah : Avec notre alliance, nous avons décidé de soutenir le “Oui”. Car qu’on le veuille ou pas, le “Oui” passera. Nous avons donc choisi de participer pour favoriser le retour à l’ordre constitutionnel et permettre la tenue des élections. Ce choix est stratégique, car il s’agit pour nous de défendre la démocratie et d’éviter d’être exclus du processus politique.
Moyaguinee.com : Beaucoup d’observateurs notent que l’administration publique est paralysée au profit de la campagne. Les ministères et bureaux seraient désertés, car les cadres sont à l’intérieur du pays. Est-ce que vous trouvez cela normal ?
Aboubacar Biro Soumah : Absolument pas. C’est totalement anormal de mettre l’administration à l’arrêt pour battre campagne. En démocratie, chaque camp devrait pouvoir défendre librement sa position. Or, aujourd’hui, les ministres, les directeurs nationaux, les chefs de service… tous sont déployés dans leurs préfectures pour faire campagne pour le “Oui”, avec des moyens financiers incontrôlés. Cela paralyse le pays. Les banques ne fonctionnent pas normalement, les services sociaux sont bloqués, et politiquement, rien ne marche. On impose à la Guinée une situation qui met tout le pays à genoux.
Moyaguinee.com : Dernière question : quel est votre avis sur la Direction Générale des Élections, récemment mise en place ?
Aboubacar Biro Soumah : Sa mise en place viole le Code électoral révisé en 2020, qui devait encadrer les prochaines élections. Elle contourne également le cadre du dialogue inter-guinéen. La Direction Générale des Élections fonctionne sans contrôle, comme bon lui semble, car aucune autre structure indépendante n’existe pour la superviser. C’est une institution qui pilote à vue, et qui risque d’organiser des élections entièrement scénarisées, au service du pouvoir.
Entretien réalisé par Tenema Doumbouya
















