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Accès à l’information en Guinée : Hassane Kaba appelle à préserver le droit des journalistes aux sources.

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À l’occasion de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, célébrée le 28 septembre, le directeur général de la Maison de la presse de Guinée, Hassane Kaba, s’est exprimé sur les enjeux liés à l’accès à l’information à l’ère numérique.   Dans un contexte marqué par la multiplication des réseaux sociaux et la circulation rapide des contenus en ligne, il insiste sur la nécessité, pour les journalistes, de revenir aux fondamentaux du métier : vérification, recoupement, rigueur et responsabilité dans le traitement de l’information.

  « Il faut que le droit à l’accès à l’information soit préservé. Si le journaliste n’a pas la possibilité d’aller à la source de l’information pour obtenir la vraie information, il peut prêter le flanc à des commérages ou à des choses qui ne sont pas fondées », a déclaré Hassane Kaba.

Dans cet entretien accordé à Moyaguinee.com, il revient sur l’évolution de l’accès à l’information en Guinée, les défis posés par les réseaux sociaux et les responsabilités des professionnels des médias.

Moyaguinee : À l’occasion de cette Journée internationale de l’accès universel à l’information, que pouvez-vous rappeler sur l’importance de ce droit dans une société comme la nôtre ?

Hassane Kaba : Par rapport au thème choisi cette année, qui porte sur la préservation de l’intégrité de l’information à l’ère numérique et sur le rôle de l’accès à l’information face au désordre informationnel, il s’agit d’un thème très pertinent. Il nous invite à revenir aux fondamentaux du métier de journaliste.

Dans la collecte de l’information, il y a des préalables indispensables. Lorsqu’on va chercher une information, il faut faire preuve de rigueur et procéder à son recoupement.  Tout ce que nous faisons dans le cadre de la collecte doit permettre d’obtenir une information la plus juste possible, vérifiée, recoupée, équitable et transparente.  C’est cela, pour moi, le retour aux fondamentaux du métier de journaliste.    Avant l’avènement de l’ère numérique, les journalistes avaient pratiquement le monopole des moyens traditionnels de diffusion de l’information. Aujourd’hui, avec le développement du numérique, tous les citoyens peuvent produire et diffuser des contenus.   Mais la véritable question est de savoir quel type d’information est diffusé et quelle est sa fiabilité. C’est là tout le problème.

Moyaguinee : En tant que doyen de la presse guinéenne, comment avez-vous vu évoluer l’accès à l’information dans notre pays au fil des années, particulièrement pour les journalistes ?

Hassane Kaba : Je dois dire que dans les années 1990, avec la nouvelle dynamique du processus démocratique en Afrique, une étape importante a été franchie. Une tâche gigantesque a été accomplie par les journalistes de cette époque, nos prédécesseurs.

Modestement, je peux dire qu’à un moment donné, j’en ai fait partie. Ce qui caractérisait cette période, c’était notamment la rigueur dans la collecte, la vérification et le traitement de l’information avant sa publication.    Avec l’éclosion de la presse en ligne et le développement de l’audiovisuel, le paysage médiatique guinéen s’est considérablement élargi. Mais, malheureusement, dans un contexte de concurrence, il y a parfois eu de la précipitation et des manquements dans la collecte et le traitement de l’information.   Ces situations ont parfois conduit à des conséquences regrettables pour la presse guinéenne. Nous avons connu des moments difficiles et, il n’y a pas longtemps, certains médias ont été purement et simplement fermés.

Je ne dirais pas que cela est uniquement lié au fait que les journalistes n’étaient pas à la hauteur. Mais, lorsqu’on analyse certaines situations, on comprend qu’il faut aussi prendre en compte la responsabilité sociale du journaliste.

Moyaguinee : Vous avez évoqué l’importance des réseaux sociaux, qui constituent aujourd’hui un véritable défi pour les professionnels des médias. Quel regard portez-vous sur l’exigence d’informer et la nécessité de vérifier les faits avant leur diffusion ?

Hassane Kaba : C’est justement là toute la différence. Les canaux de diffusion de l’information se sont élargis. Avec l’ère numérique, tout le monde a désormais la possibilité de produire et de diffuser des informations.

Les réseaux sociaux sont devenus des moyens majeurs de diffusion, avec une portée pratiquement illimitée. Mais, pour les professionnels de l’information, la différence se situe au niveau du traitement.  En tant que professionnels, nous devons respecter une certaine rigueur dans la collecte de l’information. Et le nerf de la guerre, l’épine dorsale de cette collecte, c’est la vérification.

Qui dit vérification dit également recoupement. Si vous n’êtes pas témoin direct d’un événement, et même lorsque vous en êtes témoin mais que le sujet dépasse votre compétence, il est préférable de solliciter l’avis d’un spécialiste afin de disposer d’éléments suffisamment fiables avant de diffuser l’information.    Le but est d’informer et d’éclairer le public. Dans un système démocratique, on dit souvent que les journalistes sont les chiens de garde de la société. Ils jouent également un rôle d’interface entre les gouvernants et les gouvernés.   Les journalistes doivent donc apporter de la lumière sur l’action des responsables publics et permettre aux citoyens de comprendre ce qui est fait, comment cela est fait et dans quelles conditions.

Moyaguinee : Au-delà de la véracité d’une information, le journaliste doit-il également mesurer sa portée avant de la diffuser ?

Hassane Kaba : Il faut effectivement vérifier la véracité de l’information, mais il faut également mesurer sa portée.

Lorsqu’on n’est pas conscient de la portée d’une information, on peut provoquer des conséquences importantes. Certaines informations, notamment lorsqu’elles concernent des sujets sensibles comme l’ethnie, la religion ou les convictions, nécessitent une réflexion approfondie avant leur diffusion.   Sur les réseaux sociaux, malheureusement, beaucoup de contenus sont diffusés sans être suffisamment vérifiés ou recoupés. Certains peuvent même relever de ce qu’on appelle communément les fausses informations ou les « fake news ».   À l’inverse, lorsqu’on consulte des médias reconnus et qui respectent les règles professionnelles, on peut constater une démarche différente, fondée notamment sur la vérification et le recoupement des informations.

Moyaguinee : Dernière question, M. Kaba. Quelles mesures devraient être prises par les autorités et les associations professionnelles pour garantir un accès plus libre à l’information et permettre au public de disposer d’informations fiables et concrètes ?

Hassane Kaba : C’est une question assez pertinente.

Il y a quelques années, dans nos textes, notamment dans la législation sur la presse en Guinée, le droit d’accès à l’information était consacré. C’est un droit fondamental. Il faut donc qu’il soit préservé, soutenu et davantage vulgarisé.   Si le journaliste n’a pas la possibilité d’aller à la source pour obtenir la bonne information, il peut parfois être exposé à des commérages ou à des informations qui ne sont pas fondées.

Lorsqu’il y a une rétention de l’information, une censure ou un refus d’accès à certaines données, notamment lorsqu’elles sont considérées comme sensibles ou relevant du secret de la défense, il faudrait que ces restrictions soient motivées et suffisamment justifiées.

Moyaguinee : M. Hassane Kaba, merci d’avoir répondu à nos questions.

Hassane Kaba : C’est à moi de vous remercier.

 

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