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Guinée : après le BAC, les inquiétudes des étudiants non-voyants sur leur avenir universitaire.

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Après avoir franchi avec succès les épreuves du baccalauréat, plusieurs candidats malvoyants admis cette année s’interrogent sur les conditions de leur intégration dans les établissements d’enseignement supérieur. Ils demandent aux autorités de leur garantir les mêmes opportunités et les mêmes avantages que les autres étudiants, afin de poursuivre leurs études dans de meilleures conditions. Dans un entretien exclusif accordé a notre rédaction ce 04 Août 2026 nous avons abordé ce sujet avec Alpha Oumar Barry, un jeune non-voyant admis au baccalauréat, session 2026. Voici l’entretien.👇

M. Alpha Oumar Barry, bonsoir.

Oui, bonsoir.

Je rappelle que vous êtes un candidat admis au baccalauréat, mais vous êtes non-voyant. Dites-nous comment vous vous êtes préparé pour affronter cet examen.

La préparation n’a vraiment pas été facile pour moi depuis le début, parce qu’il faut savoir que, pour les révisions, je fréquentais d’abord mon établissement avec des voyants. Je suis le seul non-voyant dans ma classe.

Pour me rendre à l’école et rentrer à la maison, je m’aidais de mon téléphone et de mon ordinateur, qui sont équipés d’une synthèse vocale. Cet outil m’a beaucoup aidé à enregistrer mes leçons et à mieux les assimiler.

Je passais également des nuits blanches, parce qu’il fallait beaucoup de concentration pour pouvoir bien mémoriser les cours avant le lendemain.

Après votre admission au baccalauréat, quelles sont aujourd’hui vos principales inquiétudes concernant notamment votre orientation dans les institutions d’enseignement supérieur ?

Nos inquiétudes concernent d’abord les documents pédagogiques. La plupart des ouvrages et des livres ne sont pas transcrits en braille.

Les conditions d’études ne sont pas non plus favorables, surtout pour nous, les non-voyants, en Guinée. Il y a le problème du déplacement, mais aussi celui de l’accessibilité des matériels et des infrastructures universitaires qui ne sont pas adaptés aux personnes en situation de handicap.

C’est pourquoi je m’adresse aux autorités, notamment au gouvernement, afin qu’elles pensent à nous, les jeunes étudiants non-voyants nouvellement admis à l’université.

Donc, à vous entendre, monsieur Barry, c’est comme si le système éducatif guinéen n’est pas vraiment adapté aux non-voyants ?

Oui, effectivement, le système éducatif guinéen n’est pas adapté aux non-voyants. Le braille, notamment, n’est pas suffisamment développé en Guinée.

On ne sait pas si cela est dû à un manque de sensibilisation au niveau des ONG qui interviennent dans ce domaine, mais concrètement, nous ne voyons pas beaucoup d’actions sur le terrain.

Nous sommes les premiers concernés et nous vivons une réalité différente de ce qui est parfois présenté.

Aujourd’hui, vous êtes admis au baccalauréat et vous comptez aller à l’université. Qu’est-ce que vous comptez faire comme département ?

Moi, j’ai d’abord le rêve de faire le droit.

Pourquoi ?

Le droit, pour défendre les intérêts des personnes en situation de handicap. Le handicap n’est pas une fatalité.

La plupart de mes amis ont choisi la communication, mais moi, j’ai voulu créer la différence. Aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment de personnes qui nous représentent au sein de la société civile ou dans les institutions internationales pour porter la voix des non-voyants.

Pourtant, nous sommes aussi des citoyens qui ont besoin d’être défendus, soutenus et rétablis dans leurs droits.

C’est pourquoi j’ai décidé de m’inscrire dans cette voie afin de pouvoir hausser le ton et défendre les personnes en situation de handicap.

Il serait difficile pour vous, les non-voyants, d’aller à l’intérieur du pays pour étudier, être très loin des parents. Qu’est-ce que vous sollicitez auprès des autorités par rapport à cela, notamment la cellule d’orientation ?

Oui, vraiment, une fois loin des parents, ce n’est pas facile.

Aller à l’intérieur du pays pourrait représenter de grandes difficultés pour nous. Nous demandons donc au gouvernement de nous aider afin que nous puissions être orientés à Conakry.

Ici, les difficultés seront un peu plus faciles à gérer. Une fois orienté loin de sa famille, quand on est non-voyant, les risques sont énormes, notamment en matière d’accessibilité et de mobilité.

Vous êtes aujourd’hui admis au BAC. Depuis le début de votre cursus scolaire, est-ce que vous avez reçu le soutien, soit de l’État ou bien de structures spécialisées, au-delà de votre famille ?

Concernant le soutien, je dirais qu’il n’y a pas eu d’accompagnement de la part de l’État. Ce sont uniquement nos parents qui nous ont accompagnés jusqu’à ce niveau.

Jusqu’au moment où je vous parle, nous sommes toujours sous leur responsabilité.

C’est pourquoi je lance un cri de cœur au gouvernement. Si nos parents nous ont conduits jusqu’ici, l’État doit également apporter sa contribution et son soutien, car nous en avons énormément besoin. Les parents sont aujourd’hui presque fatigués.

Alors, monsieur Alpha Oumar, concrètement, qu’est-ce que vous attendez des autorités ? Qu’est-ce qu’elles doivent vous apporter comme aide pour que vous puissiez, vous aussi, bénéficier du même soutien que les autres étudiants ?

Nos attentes envers l’État et les autorités sont d’abord la création de conditions favorables pour les personnes en situation de handicap dans les universités.

Nous souhaitons également un accompagnement jusqu’à l’insertion professionnelle, car l’avenir après les études reste une grande inquiétude.

L’État doit nous soutenir dans plusieurs domaines, notamment sur le plan matériel et financier, car nous en avons vraiment besoin.

En termes de matériel, par exemple, de quoi avez-vous besoin concrètement pour bien étudier en tant qu’étudiant non-voyant ?

En tant qu’étudiant non-voyant, nous avons besoin d’un bon téléphone, d’un ordinateur, mais aussi de machines spécifiques et d’une imprimante braille.

Nous avons besoin de ces outils pour mieux travailler à l’université. Ils vont faciliter davantage nos études et notre apprentissage.

Monsieur Alpha Oumar Barry, merci d’avoir répondu à nos questions.

Merci à vous, monsieur.

Entretien réalisé par Tenema Doumbouya. 

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