
En Guinée, la crise de liquidité devient de plus en plus récurrente. À Kindia, cette situation affecte sérieusement les teinturières, qui peinent à se procurer des matériaux comme le bazin et les colorants. Les transactions tournent au ralenti et les clientes éprouvent des difficultés à payer, les points de retrait Orange Money et autres structures étant souvent en rupture de liquidités. Cette situation a des conséquences négatives sur la production et la commercialisation de leurs produits.
À Kindia, la teinture constitue l’une des principales activités génératrices de revenus pour de nombreuses familles. Mais ces derniers temps, les teinturières font face à de sérieuses difficultés. Elles peinent notamment à écouler leurs marchandises, en particulier auprès des clients venant d’autres villes. Le manque de liquidités bloque les achats, comme l’explique Aïssata Condé, rencontrée à la coopérative des teinturières de Kindia :

« Nous souffrons vraiment parce qu’actuellement, même si tu as de l’argent sur ton compte, tu es obligé de le transférer sur celui du client, s’il accepte, afin de pouvoir faire la transaction. Cela nous fatigue ces derniers temps. Nous gagnons difficilement de quoi couvrir nos dépenses. Il arrive que les clients nous demandent de faire le retrait sur leur compte pour acheter les produits, confectionner leurs habits et les leur envoyer, mais c’est impossible. Moi, par exemple, cela fait trois jours que je cherche à faire un retrait pour préparer la commande d’une cliente, sans succès. Nous nous débrouillons pour vivre, mais si tu ne peux pas faire de retrait pour travailler, c’est inquiétant », déplore-t-elle.
Les conséquences sont lourdes : les ventes chutent et les stocks s’accumulent, une situation préoccupante pour ces femmes. Madame Mabinty Bangoura, une autre teinturière, témoigne :

« Nous souffrons beaucoup du problème de retrait d’argent. Très souvent, lorsque des clients souhaitent acheter des habits chez nous, ils envoient l’argent sur nos comptes, parfois sans même bien nous connaître. Avant, dès que l’argent arrivait, on pouvait aller directement faire le retrait pour acheter les habits. Mais aujourd’hui, même si l’argent est envoyé, il faut parfois attendre deux ou trois jours, voire plus, avant de pouvoir retirer. Par exemple, si un client t’envoie trois millions, tu es obligée de faire plusieurs petits retraits : cinq cent mille ici, quatre cent mille là-bas, puis trois cent mille ailleurs. Cela nous fatigue énormément », témoigne-t-elle.
Les teinturières ne sont pas les seules à subir les conséquences de cette crise de liquidité. Ceux qui travaillent dans le battage du bazin sont également confrontés au même problème. Abdourahamane Camara explique :

« Ce manque de liquidités nous fatigue, nous qui tapons le bazin. Après avoir travaillé, lorsque tu envoies le produit à la propriétaire, elle te dit qu’elle a l’argent, mais qu’il est sur son compte. Le client est donc obligé de transférer l’argent sur ton compte et, si tu refuses, vous devez partir à la recherche d’un point de retrait. Sinon, tu n’auras pas ton argent ce jour-là. Avant-hier, j’ai travaillé sur un bazin pour une cliente. Lorsqu’elle est venue récupérer son habit, nous avons cherché à retirer 40 000 francs partout, sans succès. Jusqu’à présent, elle me doit cet argent », indique-t-il.
Face à cette crise, les autorités sont appelées à prendre des mesures pour rétablir la circulation monétaire et faciliter l’accès aux liquidités, afin de soutenir ces commerçantes et, plus largement, l’économie locale.
S. D., Kindia, pour moyaguinee.com

















