
La forge, l’un des métiers les plus anciens de l’humanité, continue de survivre dans plusieurs quartiers de Conakry. Malgré l’absence d’équipements modernes, l’art ancestral du fer forgé demeure bien vivant, porté par des maîtres forgerons qui transmettent encore leur savoir-faire à de jeunes apprentis. Pour comprendre comment ce métier perdure et quels défis traversent ces artisans, notre rédaction s’est rendue sur le terrain.
Pratiquée depuis des générations au sein de familles traditionnellement appelées « clans de forgerons », cette activité a conservé son caractère authentique en Guinée. Alors que la forge s’est industrialisée ailleurs, ici, elle reste largement traditionnelle. Entre manque d’outils adaptés et rareté des matériaux, les anciens continuent néanmoins de former la relève dans un esprit de passion et de résilience.
À Cosa, maître Mamadou Bailo, forgeron depuis les années 1960, partage son expérience.

« Nous fabriquons des dabas, coupe-coupes, haches, couteaux et faucilles. Certains commerçants viennent passer des commandes, et nous les leur livrons. Même si la concurrence des outils importés nous complique parfois la tâche, nous arrivons à subvenir à nos besoins. C’est grâce à ce métier que je me suis marié, j’ai élevé mes enfants et j’ai pu acheter une parcelle pour construire. J’y ai gagné beaucoup », témoigne-t-il.
Comme tout métier manuel exigeant, la forge comporte des risques. Maître Bailo évoque notamment les blessures, les maladies et l’impact de la chaleur intense du feu sur la santé.
L’approvisionnement en fer, matière première indispensable, représente également une difficulté majeure. Mohamed Boye Kanté, autre forgeron rencontré, confirme :
« Pour obtenir le fer, nous allons à la casse de Madina. Mais les prix sont élevés : une lame peut coûter entre 100 000 et 200 000 francs guinéens. C’est avec cela que nous fabriquons nos outils. C’est un bon métier : j’ai déjà formé six apprentis qui sont aujourd’hui maîtres forgerons à Conakry. »

L’importation massive d’outils agricoles, souvent fabriqués en Chine, réduit considérablement les revenus des artisans locaux. Pour cette raison, les forgerons appellent les autorités à mettre en place une meilleure régulation afin de protéger la production nationale.
Tenema Doumbouya pour moyaguinee .com
















