
La République de Guinée vient d’obtenir sa première notation financière internationale. L’agence Standard & Poor’s a attribué une note B+ avec perspective stable au pays, une annonce faite par le gouvernement ce vendredi 19 septembre 2025.
Pour comprendre la portée de cette notation et ses implications, Moyaguinee.com a rencontré l’économiste Mamadi Fatoumata Keïta.
Moyaguinee.com :
Vous, en tant qu’économiste, comment interprétez-vous l’impact de la note B+ attribuée par Standard & Poor’s sur l’économie guinéenne à court et moyen terme ?
Mamadi Fatoumata Keïta :
D’abord, il faut rappeler que Standard & Poor’s est une agence de notation financière mondiale. Avec Moody’s et Fitch, elle fait partie des trois grandes agences qui évaluent la solvabilité des États et des entreprises.
La notation B+ pour la Guinée est une grande satisfaction. Elle ouvre la voie à l’accès au marché financier international et au crédit auprès des institutions financières mondiales. Cela va notamment faciliter le financement de grands projets, comme Simandou, qui est un moteur-clé de croissance pour le pays.
Moyaguinee.com :
Justement, quels risques et opportunités le projet Simandou peut-il engendrer pour l’économie nationale ?
M.F. Keïta :
Le projet Simandou repose sur plusieurs piliers de développement : l’agriculture, l’industrie, le commerce et l’alimentation ; l’éducation et la culture ; les infrastructures, le transport et la technologie ; l’économie, les finances et l’assurance ; et enfin la santé et le bien-être.
Si ce projet est mené à bien, il entraînera des retombées directes sur le bien-être des populations et tirera le pays vers une croissance économique durable. Bien entendu, la gestion des risques liés à la gouvernance et à la dépendance minière reste un défi majeur.
Moyaguinee.com :
La Guinée affiche un déficit public projeté sous les 3 % du PIB. Quels sont les défis pour maintenir cette stabilité budgétaire dans un contexte de croissance rapide ?
M.F. Keïta :
La clé, c’est la discipline budgétaire. Cela signifie respecter la loi de finances et éviter les dépenses extra-budgétaires. Cette rigueur avait déjà commencé avant le 5 septembre et s’est renforcée depuis.
Si le gouvernement continue à s’en tenir strictement aux dispositions de la loi de finances, il sera possible de réduire le déficit et de préserver la stabilité budgétaire.
Moyaguinee.com :
Le rebasing du PIB a conduit à une hausse de près de 50 % de la taille de l’économie guinéenne. Quel effet cela peut-il avoir sur la politique économique et l’attractivité du pays ?
M.F. Keïta :
La hausse du PIB reflète les politiques économiques mises en œuvre : politique d’investissement, politique commerciale, politique de l’emploi… Tout cela contribue à renforcer la taille de l’économie.
Une augmentation de 50 % est significative et montre que le pays progresse. Cela envoie un signal positif aux investisseurs et améliore l’image de la Guinée sur le plan international.
Moyaguinee.com :
L’inflation est passée de 11 % à 3,5 %, une baisse jugée remarquable. Quels mécanismes expliquent ce résultat et comment le maintenir ?
M.F. Keïta :
Cette baisse repose sur l’action combinée de la Banque centrale et du gouvernement.
La Banque centrale a joué sur la maîtrise de la masse monétaire grâce à des outils comme la réserve obligatoire et le taux d’intérêt. De son côté, l’État a agi sur la structure du marché et la gestion des importations.
C’est l’effort conjugué de ces deux acteurs qui a permis de ramener l’inflation à 3,5 %. Pour la maintenir, il faudra poursuivre cette coordination et veiller à la stabilité des prix des biens de première nécessité.
Moyaguinee.com :
M. Keïta, merci d’avoir répondu à nos questions.
Mamadi Fatoumata Keïta :
C’est moi qui vous remercie, et j’adresse également mes salutations à vos lecteurs.
Entretien réalisé par Tenema Doumbouya















